Écrire aux Écuries -atelier d'artistes-

christine jeanney

Sonja, dernière

 

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La semaine, l’autre, les femmes noires que je ne connaissais pas – lui dire que j’ai vu des femmes alors que non, des êtres humains, et échanger sur ça, comme d’habitude avec le sourire un peu complice et curieux de comment ça résonne, est-ce qu’on sait – Lettres et mots, c’était nouveau, d’abord un alphabet puis des projets de textes courts et qu’est-ce qu’elle allait dire, qui ne prenne pas trop de place, un mot ou deux, lequel elle choisirait dans sa calligraphie neuve – moi qui lui dit comme j’aime ses e, ses boucles, ses reliefs – et ce jour-là du monde, Vernissage, pas trop d’interaction, elle occupée, le nœud allait devenir immense, plusieurs mètres, et quel effet  ? comme ce serait étrange ou différent, le nœud et son assise géante, en grand, dehors la différence, sa main pour expliquer l’autre nœud, celui clos dans le cube mais pas clos, traversé, la perspective nouvelle, sa main qui fait le geste, et puis partir.

Les questions non posées, pas encore, mais qui allaient venir bien sûr, on avait le temps de se dire encore une autre fois, je me serais garée devant je dérange pas ? ses débuts je voulais demander, la première fois, si c’était peint ou dessiné et le premier métal tordu, la première tige soudée, qui lui avait appris et pourquoi au fond cette route-là choisie un peu difficile, pressée de ses silhouettes pressées, en équilibre, sereines ou torturées, élans, envols et l’essentiel, aller à la trame, le squelette, Oui, je m’arrêterais bien au mouvement initial elle avait dit.

Des pulls, il faut des pulls ici à l’atelier l’hiver, ces chaussures je les mets seulement l’hiver, à cause de la semelle bien épaisse, j’ai moins froid elle disait.

Le temps des À bientôt qui mentent et les questions qu’on gaspille sans savoir

 

 

 

 

Sonja Brissoni est morte brutalement dans la nuit du 17 au 18 octobre 2010. Pensées émues à sa famille et à ses proches, dans la peine partagée.

 

 

19 octobre 2010 Publié par | chez Sonja Brissoni | 6 Commentaires

briller et fondre

la porte ouverte quelque chose quelque chose se passe quelqu’un se lève

avance à mesure qu’on avance casé dans l’encadrement encadré dans la porte ouverte avance

tension et torsion délicate, douceur de fondre dans l’éclatement rouge

une épaule et

un bras plié sans heurt

en tige l’essence de lui ou elle pieds posés l’un appuie à peine sur le sol lui ou elle en visite

quand S. l’attrape au vol

paisible depuis les étincelles

calme fragile et lisse

né des éclats éparpillés au sol elle ou lui se repose

l’air prêt et attentif à qui nous sommes

23 septembre 2010 Publié par | chez Sonja Brissoni | , , , | 1 Commentaire

derviche

je tourne autour

-mitraille, un pas de côté, photo, un pas de côté, photo, mitraille-

la même tourne la même

sans être la même différente

dépliée déployée autour change

pas que le décor change

-mur effrité bois

roue et socle -et l’envol dans la lumière-

barres noires arabesques planches

coude fossile

l’homme en cerceau le rideau qui se penche

chaussures-

pas que le décor mais elle

Elle change

ou peut-être

peut-être que moi aussi je change à mesure que je tourne devant elle qui tourne et change

peut-être que nous tournons ensemble

bras écartés

derviche

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3 septembre 2010 Publié par | chez Sonja Brissoni | 1 Commentaire

flotter

 

Tu vois ce qui compte

le martelé d’entailles, impacts, coups de masse, que les chevaux ne glissent pas, ceux qui vivaient avant ici

Tu vois ce qui compte

coulures sur les portes en fer, lu étau, désigné du mot, étau, étau signé, et ses mâchoires – serrer la matière, la saisir pour la travailler – dans l’air que les lettres installent

Ce qui compte

galet énorme et blocs – et la croix sur le mur, l’emplacement du trésor sur la carte

Tu vois

cube et bidon et ouverture et planches et vêtement en attente

L’équilibre au centre et comme il aimante le reste en l’appelant

par les triangles d’ombre au sol, les coups du passé, et l’élan,

issu de là il se trouve,

tourner autour et se mêler au centre sans bouger

et flotter

comme il flotte

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29 août 2010 Publié par | chez Sonja Brissoni | 2 Commentaires

au sol chez Sonja B

 

à partir de quoi elle travaille

à partir de bandes rigides et tiges et rouille et fuselage dense et plate linéarité

à partir de quoi elle travaille

stockées au sol les lignes à attendre, fuselées et longues, incisives qui nous blesseraient sinon

ne vont pas être tordues mais courbées dans l’inclinaison du sens

ne vont pas être tordues

ni comprimées, ni inclinées, ni forcées à soumission, ni soumises, ni compromises

courbées de rééquilibre, chercher les doigts et le dos, le front et les épaules, le geste, ce à quoi elle travaille

à partir de quoi elle travaille

depuis le trait jusqu’à plus loin que soi


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29 août 2010 Publié par | chez Sonja Brissoni | Laisser un commentaire

   

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