Sonja, dernière
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La semaine, l’autre, les femmes noires
que je ne connaissais pas – lui dire que j’ai vu des femmes alors que non, des êtres humains, et échanger sur ça, comme d’habitude avec le sourire un peu complice et curieux de comment ça résonne, est-ce qu’on sait – Lettres et mots, c’était nouveau, d’abord un alphabet puis des projets de textes courts
et qu’est-ce qu’elle allait dire, qui ne prenne pas trop de place, un mot ou deux, lequel elle choisirait dans sa calligraphie neuve – moi qui lui dit comme j’aime ses e, ses boucles, ses reliefs – et ce jour-là du monde, Vernissage, pas trop d’interaction, elle occupée, le nœud allait devenir immense, plusieurs mètres, et quel effet ? comme ce serait étrange ou différent, le nœud et son assise géante, en grand, dehors
la différence, sa main pour expliquer l’autre nœud, celui clos dans le cube mais pas clos, traversé, la perspective nouvelle, sa main qui fait le geste, et puis partir.
Les questions non posées, pas encore, mais qui allaient venir bien sûr, on avait le temps de se dire encore une autre fois, je me serais garée devant je dérange pas ? ses débuts je voulais demander, la première fois, si c’était peint ou dessiné et le premier métal tordu, la première tige soudée, qui lui avait appris et pourquoi au fond cette route-là choisie un peu difficile, pressée de ses silhouettes pressées, en équilibre, sereines ou torturées, élans, envols et l’essentiel, aller à la trame, le squelette, Oui, je m’arrêterais bien au mouvement initial elle avait dit.
Des pulls, il faut des pulls ici à l’atelier l’hiver, ces chaussures je les mets seulement l’hiver, à cause de la semelle bien épaisse, j’ai moins froid elle disait. 
Le temps des À bientôt qui mentent et les questions qu’on gaspille sans savoir
Sonja Brissoni est morte brutalement dans la nuit du 17 au 18 octobre 2010. Pensées émues à sa famille et à ses proches, dans la peine partagée.
briller et fondre
la porte ouverte quelque chose quelque chose se passe quelqu’un se lève
avance à mesure qu’on avance casé dans l’encadrement encadré dans la porte ouverte avance
tension et torsion délicate, douceur de fondre dans l’éclatement rouge
une épaule et
un bras plié sans heurt
en tige l’essence de lui ou elle pieds posés l’un appuie à peine sur le sol lui ou elle en visite
quand S. l’attrape au vol
paisible depuis les étincelles
calme fragile et lisse
né des éclats éparpillés au sol elle ou lui se repose
l’air prêt et attentif à qui nous sommes
derviche
je tourne autour
-mitraille, un pas de côté, photo, un pas de côté, photo, mitraille-
la même tourne la même
sans être la même différente
dépliée déployée autour change
pas que le décor change
-mur effrité bois
roue et socle -et l’envol dans la lumière-
barres noires arabesques planches
coude fossile
l’homme en cerceau le rideau qui se penche
chaussures-
pas que le décor mais elle
Elle change
ou peut-être
peut-être que moi aussi je change à mesure que je tourne devant elle qui tourne et change
peut-être que nous tournons ensemble
bras écartés
derviche
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flotter
Tu vois ce qui compte
le martelé d’entailles, impacts, coups de masse, que les chevaux ne glissent pas, ceux qui vivaient avant ici
Tu vois ce qui compte
coulures sur les portes en fer, lu étau, désigné du mot, étau, étau signé, et ses mâchoires – serrer la matière, la saisir pour la travailler – dans l’air que les lettres installent
Ce qui compte
galet énorme et blocs – et la croix sur le mur, l’emplacement du trésor sur la carte
Tu vois
cube et bidon et ouverture et planches et vêtement en attente
L’équilibre au centre et comme il aimante le reste en l’appelant
par les triangles d’ombre au sol, les coups du passé, et l’élan,
issu de là il se trouve,
tourner autour et se mêler au centre sans bouger
et flotter
comme il flotte
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au sol chez Sonja B
à partir de quoi elle travaille
à partir de bandes rigides et tiges et rouille et fuselage dense et plate linéarité
à partir de quoi elle travaille
stockées au sol les lignes à attendre, fuselées et longues, incisives qui nous blesseraient sinon
ne vont pas être tordues mais courbées dans l’inclinaison du sens
ne vont pas être tordues
ni comprimées, ni inclinées, ni forcées à soumission, ni soumises, ni compromises
courbées de rééquilibre, chercher les doigts et le dos, le front et les épaules, le geste, ce à quoi elle travaille
à partir de quoi elle travaille
depuis le trait jusqu’à plus loin que soi
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